Interview de M. Jérôme Pasquier dans Novi list

Article de Tihomir Ponoš

M. Jérôme pasquier, Ambassadeur de France, à propos des problèmes de la Croatie lies a son adhésion à l’UE

La Croatie sera dans l’ue en 2011

C’est une attente réaliste, mais il reste du travail à faire. Nous croyons que le Premier ministre, Mme Jadranka Kosor, et le gouvernement ont la ferme volonté politique de résoudre le problème des journaux d’artillerie

M. Jérôme Pasquier, Ambassadeur de France en Croatie, a pris ses fonctions en Croatie il y a six mois. La France prône l’entrée rapide de la Croatie dans l’UE alors qu’après le déblocage slovène des négociations croates d’adhésion, un nouveau problème a surgi, celui des journaux d’artillerie. Nous en avons parlé, parmi d’autres questions, avec l’Ambassadeur Pasquier.

Le Ministre français de l’Environnement, M. Jean-Louis Borloo, a récemment déclaré que la France proclamera bientôt une zone économique exclusive en mer. Comment, dans ce contexte, voyez-vous la zone croate écologique et de pêche compte tenu de la position de l’UE à son propos ?

- La France envisage de proclamer une zone économique exclusive pour des raisons écologiques, c’est-à-dire afin de protéger les espèces menacées en Mer Méditerranée. Ce processus a commencé et il prévoit des discussions avec nos voisins, l’Espagne, l’Italie et Monaco. En ce qui concerne la Croatie, le problème sera résolu dans le cadre de votre adhésion à l’UE. A notre avis, il n’est pas nécessaire que votre gouvernement change sa position sur la question qui se résoudra avec l’adhésion croate à l’UE.

L’extension de l’application de la zone croate écologique et de pêche à tous les Etats, y compris à ceux de l’UE, c’est-à-dire non seulement à l’Italie et à la Slovénie mais également à la Croatie quand elle sera membre de l’UE, serait-elle une solution acceptable ?

- Toutes ces questions seront résolues dans le cadre de l’UE et de sa politique commune de la pêche. Actuellement il n’est pas nécessaire de faire quoi que ce soit car dans le cadre de l’adhésion à l’UE, cette question sera soumise aux règles.

Une question actuellement « chaude » à propos de l’adhésion croate, est celle des journaux d’artillerie. L’Ambassadeur américain, M. Foley, a déclaré que son gouvernement comprend difficilement que l’adhésion croate à l’UE soit arrêtée à cause de ces journaux. Quelle est la position de votre gouvernement à ce propos, notamment du fait que la France est membre permanent du Conseil de Sécurité ?

- L’adhésion de la Croatie n’est pas arrêtée. Au contraire, un très grand progrès a été réalisé, qui a été enregistré, et à la réunion de lundi dernier à Bruxelles, il a été décidé de former un groupe pour préparer la rédaction de l’accord d’adhésion. Un paquet financier a également été adopté en faveur de la Croatie. Ce sont des signes clairs montrant que la Croatie progresse vers l’adhésion. Certains problèmes doivent être résolus : l’agriculture, la construction navale, le TPIY. Tous les pays membres ont remarqué les efforts entrepris par votre gouvernement à propos des journaux d’artillerie. Aux NU, M. Serge Brammertz a déclaré que la Croatie a pris certaines mesures à ce propos et qu’il en attend des résultats. Nous sommes persuadés que le Premier ministre, Mme Jadranka Kosor, et le gouvernement ont la ferme volonté politique de résoudre ce problème et nous croyons qu’il le sera dans un proche avenir.

Quel est le problème à propos de l’agriculture ? Pour ce qui est de la Croatie, l’enveloppe financière a déjà été fixée à Bruxelles.

- L’essentiel est qu’une agence à part soit constituée, à travers laquelle les ressources pourront être transférées. C’est important afin de savoir que l’argent va aux vrais destinataires et aux fins souhaitées. C’est extrêmement important car la création d’une structure adaptée est la condition pour que l’argent puisse arriver en Croatie.

Revenons à la question des journaux d’artillerie. Le chapitre 23, Justice et droits fondamentaux, n’est pas encore ouvert. Savez-vous quand il pourrait l’être ?

- Il s’agit avant tout, d’un chapitre extrêmement important. Je veux souligner qu’on n’attend pas l’ouverture formelle de ce chapitre. Nous parlons avec les autorités croates du contenu de ce chapitre et des nombreuses mesures qu’elles ont prises. Le progrès réalisé dans la lutte contre la corruption est très important. Avant l’ouverture formelle de ce chapitre, un travail substantiel a déjà été réalisé. Je crois que ce chapitre sera vraiment ouvert très rapidement et pour nous c’est capital. Vous savez que le consensus de 27 Etats est requis. Vous savez que certains problèmes existent mais qu’ils se résolvent. La France prône l’adhésion rapide de la Croatie à l’UE, et j’estime que c’est un objectif politique majeur non seulement pour la Croatie mais aussi pour l’ensemble de la région. Tous les pays de la région doivent avoir une perspective européenne qui est essentielle à la stabilité de la région. Il est nécessaire de montrer clairement que quand un pays est prêt pour l’adhésion, ce qui est le cas de la Croatie, ce pays devient membre de l’UE.

Le cas de la Croatie représenterait donc une sorte de message adressé aux pays de la région ?

- C’est tout à fait cela. Il est important que chaque pays de la région comprenne que tout Etat peut devenir membre de l’UE quand il remplit les normes et les critères d’adhésion.

Les relations croato-françaises sont bonnes et il n’y a pas de problèmes politiques, du moins en vue, entre les deux Etats. Quelles seront vos priorités en Croatie ?

- La première priorité est d’aider l’adhésion rapide de la Croatie à l’UE. Naturellement, nous allons nous efforcer d’améliorer les relations bilatérales et la compréhension entre les deux Etats. J’estime que le meilleur moyen est l’échange de personnes. Je m’efforcerai de développer les échanges d’étudiants, de scientifiques, et d’améliorer la coopération universitaire. Il existe des programmes européens à cette fin, tel Erasmus.

Vous avez mentionné l’adhésion rapide de la Croatie à l’UE. Envisagez-vous 2011, 2012 ou une autre année ?

- Notre ministre des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, était à Dubrovnik il y a un mois, et il a alors répondu à une question similaire, que la Croatie deviendra membre de l’UE en 2011. C’est une attente réaliste, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. L’idée est que les négociations terminent en 2010 et que le processus habituel de ratification dure environ un an.

Favoriser l’apprentissage de la langue française

Que pensez-vous de la situation actuelle en Croatie ? L’impression est qu’il y a quelques dizaines d’années, la langue française était bien plus présente dans les écoles croates et l’influence de la culture française plus sensible


- En ce qui concerne la langue française, il s’agit d’une évolution visible partout. L’anglais s’est étendu partout et nous comptons nous battre contre lui. Nous voulons inciter le plus possible de Croates à apprendre la langue française. Il existe de bonnes possibilités pour que cela se réalise. Le nombre de touristes français en Croatie augmente, ce qui représente un bon motif pour apprendre le français, car chacun aime qu’on lui souhaite la bienvenue dans sa langue. En ce qui concerne la culture française, je peux dire que les gens s’y intéressent beaucoup. L’Institut Français de Zagreb existe depuis plus de 80 ans et il est très actif. L’offre culturelle à Zagreb me semble de qualité et l’Institut Français y est largement inclus. Il est extrêmement important que ce lien soit à double sens./.

Dernière modification : 18/02/2010

Haut de page