Interview de Mme l’Ambassadrice publiée par Vecernji list [hr]

Mme Corinne Meunier, Ambassadrice de France en Croatie, a accordé au quotidien croate Vecernji list une interview publiée le 30 septembre 2017.

1. Comment la France voit-elle l’avenir de l’UE et de la zone euro ?

Je dirais avec beaucoup d’optimisme, de passion et de sens de l’efficacité. Le président de la République Emmanuel Macron vient de présenter son initiative pour l’Europe, mardi dernier, à Paris.

L’avenir de l’Union européenne a été au cœur de la campagne électorale en France. Depuis son élection, le Président Macron en a fait sa priorité. Je relève que depuis sa prise de fonctions, le Premier ministre Andrej Plenkovic s’est exprimé à de nombreuses reprises de manière déterminée en faveur de la construction européenne. Cette exigence vient du rejet du nationalisme et du repli sur soi qui resurgissent quand nous manquons d’ambitions sur l’Europe.

Il nous faut refonder une Europe souveraine, unie et démocratique. Seule l’Europe peut nous assurer une souveraineté réelle, capable de protéger les citoyens européens et de défendre nos intérêts et nos valeurs dans le monde actuel. Autrement dit, la souveraineté de l’Europe est la clef pour traiter les grands défis de notre monde : sécurité et terrorisme, migrations, développement, changement climatique, révolution numérique, régulation de la mondialisation.

Le fondement de toute souveraineté est la sécurité. Nos pays européens ont effectué des progrès historiques ces derniers mois dans l’objectif d’une capacité autonome d’intervention, en complément de l’OTAN. Mais nous manquons encore d’une culture stratégique commune. Pour cela, la France propose très concrètement de mettre sur pied une Force commune d’intervention, d’accueillir des militaires européens au sein de l’armée française et de fonder une Académie européenne du renseignement.

2. L’idée d’une Europe à plusieurs vitesses ou cercles a suscité beaucoup d’attention et de commentaires. Cette idée française, qu’est-ce qu’elle implique et pourquoi est-elle nécessaire ?

Il n’y a pas de noyau dur de l’Union européenne. L’Union européenne doit se rassembler autour de deux priorités. La première : les valeurs de la démocratie et de l’Etat de droit qui ne sont pas négociables. La deuxième priorité, c’est le marché unique qui reste la meilleure garantie de notre prospérité et de notre attractivité.

Notre ciment européen est la culture et le savoir, c’est l’Europe des cafés dont parlait Steiner. C’est cette vision que nous voulons pour la jeunesse de nos pays européens en proposant la création d’une vingtaine d’Université européennes d’ici 2024, la mise en place de véritables semestres européens et de véritables diplômes européens. C’est tout l’esprit du programme Erasmus+ dont nos enfants bénéficient déjà. Zagreb accueillent ainsi 100 étudiants français par an et la France accueillent 350 étudiants croates par an.

La Croatie, que la France a fortement appuyée dans le processus d’adhésion à l’Union européenne, exercera sa première présidence du Conseil de l’Union européenne au premier semestre 2020. Nous sommes également deux pays ouverts sur la Méditerranée. Cette dimension méditerranéenne nous rapproche et crée un potentiel de coopération dans des domaines tels que le tourisme, la culture, que je m’applique à concrétiser. L’Union européenne a besoin d’une Politique commune pour la Méditerranée et d’un partenariat avec l’Afrique.

Le Président Macron a proposé de renforcer la convergence sociale, notamment en insistant sur la révision de la directive sur les travailleurs détachés. Il s’agit aussi de prendre des mesures très concrètes comme l’harmonisation d’une fourchette de taux de l’impôt sur les sociétés qui conditionnerait l’accès aux fonds structurels. L’idée est d’aider les pays moins riches à converger.

Cette Union du marché et du droit a vocation à s’ouvrir aux pays des Balkans, lorsqu’ils respecteront pleinement les acquis et les exigences démocratiques. L’Union européenne est un facteur de paix et de stabilité. L’adhésion de ces pays est une condition pour qu’ils ne tournent pas le dos à l’Europe pour aller vers la Russie ou vers la Turquie.

3. La bonne volonté et une décision politique suffiront-elles pour appartenir à un certain cercle ou l’adhésion sera basée sur des paramètres concrets ou mesurables ?

Nous plaidons pour une Europe ambitieuse et inclusive. Dans cet esprit, nous souhaitons avancer avec tous -je dis bien avec tous- les pays européens volontaires qui considèrent que l’Europe est la meilleure réponse aux défis de notre monde. Avec tous les pays qui en ont l’ambition et la volonté. C’est la logique de la zone euro et de l’espace Schengen que la Croatie juge prioritaire de rejoindre. Aucun Etat ne doit être exclu de cette dynamique mais aucun pays ne doit bloquer ceux qui veulent avancer plus vite ou plus loin.

Nous proposons à tous les pays volontaires de l’Union européenne et aux institutions européennes la création d’un groupe de travail sur le thème de la refondation de l’Europe. Le Président Macron invite chaque Gouvernement de l’Union européenne qui le souhaite à désigner son représentant au sein de ce groupe de travail qui rendra ses recommandations d’ici un an, à l’été 2018.

Ce groupe de travail s’appuiera sur des conventions démocratiques que nous souhaitons organiser avec les pays volontaires pour donner la parole aux citoyens européens. Il est normal et utile que chaque citoyen qui le souhaite puisse trouver à s’exprimer sur une Europe qui protège et qui avance.

4. La réforme de l’Union implique-t-elle la création d’un nouveau traité européen ?

Un changement de traité n’est pas un projet, c’est un outil possible au service d’une ambition politique. Ce n’est ni un totem, ni un tabou. Nous verrons.

Dernière modification : 04/10/2017

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