Interview de l’Ambassadeur de France pour Novi list

M. François Saint-Paul, Ambassadeur de France en Croatie, a donné une interview pour le quotidien croate "Novi list". Celle-ci a été publiée le 2 décembre 2008.

- La France soutient fermement l’adhésion de la Croatie à l’UE. La France est aussi, parallèlement, aussi un des pays qui estimaient qu’une date de fin de négociations ne devait pas être fixée à la Croatie. Pourquoi ?

La France soutient l’adhésion de la Croatie. L’adhésion croate sera le couronnement des efforts importants fournis pour moderniser le pays, et donnera un signal fort à tous les pays de la région sur la réalité de la perspective européenne, pour peu que leur volonté politique soit là.
Pour ce qui est de la date concrète de l’achèvement des négociations, il n’y a pas de position spécifique à la France. Le Conseil de l’Union européenne est unanime dans son approche, qui a été précisée lors de sa réunion de décembre 2006 qui a fixé les grandes lignes de la stratégie pour l’élargissement : chaque pays candidat doit être évalué selon ses mérites propres et en fonction du rythme d’avancée des réformes. Les conclusions de ce Conseil précisent que « l’Union s’abstiendra de fixer d’éventuelles dates limites pour l’adhésion tant que les négociations ne seront pas sur le point d’aboutir ». Le processus de négociation est un exercice qui a sa propre logique, et qu’il convient de laisser se dérouler jusqu’à son terme. La Commission a proposé, dans le dernier rapport de progrès sur la Croatie, un échéancier qui permettrait d’entrer dans la phase finale négociations fin 2009. C’est désormais à la Croatie de faire en sorte que les conditions nécessaires soient remplies. Encore une fois, cette approche est partagée par l’ensemble des Etats membres.

- La « feuille de route indicative » de fin de négociations que propose la Commission européenne n’est pas obligatoire pour cette dernière car, comme son nom l’indique, elle est indicative et dépend de la façon dont la Croatie remplira ses obligations. Pourquoi, malgré cela, est-il si difficile d’arriver à un consensus de l’UE sur la question ? La conclusion du sommet de décembre que prendront les membres de l’UE sera donc cruciale. Qu’est-ce qui est en perspective à votre avis, la proposition de la Commission sera pleinement approuvée ou il en sera seulement « pris connaissance » ? Quelle est la position de la France et de la Présidence française à cet égard ?

La « feuille de route » est un document qui a été présenté par la Commission le 5 novembre dernier dans le cadre du rapport de progrès annuel sur la Croatie. Le Conseil de l’Union européenne n’a pas encore eu à se prononcer sur ce texte, il le fera prochainement. A ce stade, avant la discussion, et en tant que présidence, je crois qu’il serait prématuré pour moi d’en dire plus. Si ce n’est, mais vous le savez, que le rapport de progrès concernant la Croatie est considéré par tous comme à la fois très important et très utile.

- La Présidence française avait annoncé son intention d’ouvrir les négociations avec la Croatie sur tous les chapitres et de les fermer sur un maximum d’autres pendant son mandat. Jusqu’à présent ces négociations n’ont été ouvertes que sur deux chapitres et fermées sur un. S’agit-il d’un échec ?

Le processus de négociation chapitre par chapitre est un travail de longue haleine, dont les résultats n’apparaissent pas forcément tout de suite, mais qui est déterminant pour la bonne marche du processus. La Croatie a effectué un travail très important pour remplir les critères d’ouverture et de fermeture des chapitres, qui s’est accéléré ces derniers temps. Je rappelle que notre objectif pour la dernière conférence intergouvernementale, qui se tiendra en décembre, demeure l’ouverture de la quasi-totalité des chapitres et la fermeture d’un nombre significatif d’entre eux.

JPEG - 8.1 ko
M. François Saint-Paul, Ambassadeur de France en Croatie ; photo : Darko Jelinek (Novi List)

- A-t-il été décidé de tenir une conférence intergouvernementale d’adhésion début décembre, au cours de laquelle ce retard serait comblé ?

La présidence française prévoit de convoquer, si le Conseil en est d’accord, une troisième conférence intergouvernementale d’adhésion en décembre. Une conférence supplémentaire auparavant n’aurait pas, a priori, de réelle valeur ajoutée, car l’essentiel du travail technique se poursuit actuellement au sein du Conseil de façon satisfaisante, en vue de cette dernière CIG sous présidence française.

- D’un point de vue purement pratique, est-il possible d’ouvrir les négociations sur 10 chapitres et de les fermer sur quelques autres d’ici la fin de l’année ?

C’est à peu près l’objectif que nous nous fixons depuis le début de notre présidence, et nous pensons qu’il est toujours réaliste, sous réserve de parvenir à un consensus avec les Etats membres qui ont encore des réserves sur certains chapitres.

- A la veille de la conférence intergouvernementale d’adhésion du 30 octobre, la Présidence française a-t-elle tenté de servir « d’intermédiaire » entre la Croatie et la Slovénie afin de résoudre les réserves de la Slovénie sur la position de négociation croate relative à quatre chapitres et sur la fermeture d’un autre chapitre ? Pourquoi rien n’a-t-il pu être résolu ?

Le processus de négociation avec un pays candidat requiert l’unanimité des Etats membres.
La France, dont c’est le rôle en tant que présidence, s’efforce de parvenir à une solution qui satisfasse toutes les parties concernées, et ce à une échéance suffisamment rapprochée pour nous permettre de poursuivre à un rythme satisfaisant le processus de négociation avec la Croatie. Dans ce cadre, nous menons actuellement des consultations étroites. Soyez persuadés que nous ne ménagerons aucun effort.

- Une question pour finir, qui n’est pas directement liée à l’avenir de la Croatie dans l’Europe, elle concerne - le Traité de Lisbonne. Les nouvelles concernant l’adoption du Traité de Lisbonne ne sont pas excellentes – on ignore toujours ce qui se passera en l’Irlande, le Président polonais n’a pas signé la ratification et les choses traînent en Tchéquie où le Président annonce aussi qu’il ne signera pas le Traité de Lisbonne… Existe-t-il un plan « B » - par exemple que les membres qui n’accepteraient pas le Traité obtiennent un statut dans l’UE défini autrement ?

Je ne partage pas votre vision pessimiste de la situation. Il me semble au contraire que les signes positifs concernant le traité de Lisbonne se multiplient ces derniers temps : ratification par le parlement suédois, derniers sondages en Irande, poursuite de la procédure de ratification en République tchèque, qui bientôt exercera la présidence européenne, après l’avis positif de la Cour constitutionnelle. Ces sont des signaux très encourageants, et le rôle moteur joué actuellement par l’Europe dans la recherche de solutions efficaces à la crise financière et à la récession économique qui menace ne peut que contribuer, à mon avis, à renforcer la prise de conscience de l’avantage d’appartenir à une Europe forte et solidaire, dont le traité de Lisbonne est un instrument essentiel. Raison de plus également pour la Croatie de maintenir le cap dans son rapprochement avec l’Europe. C’est l’intérêt de la Croatie, je le crois profondément. /.

Dernière modification : 27/04/2009

Haut de page