Traité d’Aix-la-Chapelle : interview conjointe des ambassadeurs de France et d’Allemagne [hr]

M. Philippe Meunier, ambassadeur de France en Croatie, et M. Robert Klinke, ambassadeur d’Allemagne en Croatie, ont donné, à l’occasion de la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle, une interview conjointe publiée le 28 janvier dans Jutarnji list.

Jutarnji list, 28 janvier 2019

Entretien avec les ambassadeurs allemand et français Klinke et Meunier

Titre :
« Notre accord est un exemple de la manière dont d’anciens ennemis deviennent des amis et des alliés puissants »

Sous-titre :
« Le Traité de l’Elysée de 1963 nous a rapproché, celui d’Aix-la-Chapelle a ouvert de nouvelles voies à notre coopération »

Intertitres :

« Le Traité d’Aix-la-Chapelle, par exemple, comprend une clause de défense mutuelle en cas d’agression armée contre nos territoires »

« L’amitié étroite entre la France et l’Allemagne a été déterminante et demeure un élément indispensable d’une Union européenne unie, efficace, souveraine et forte »

« Il est important de montrer à nos partenaires et amis les résultats du rapprochement de l’Allemagne et de la France. C’est un chemin pour les autres aussi »

Propos recueillis par Željko Trkanjec

Robert Klinke, ambassadeur d’Allemagne en Croatie, et Philippe Meunier, ambassadeur de France en Croatie, ont commenté pour Jutarnji list la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle.

1. Quelles sont les nouveautés qu’apporte le traité d’Aix-la-Chapelle par rapport au Traité de l’Elysée ?

RK : Le nouveau traité franco-allemand est sur un pied d’égalité avec le Traité de l’Elysée de 1963. Il ne vise pas à le remplacer, mais à le poursuivre. Le Traité de l’Elysée était placé sous le signe de la réconciliation après la Seconde Guerre mondiale. Les anciens ennemis sont à présent devenus amis. Les questions de politique européenne, étrangère, de sécurité, sociale et économique de l’avenir figurent au cœur du nouveau traité.

PM : Le principe est le même : les deux accords sont des textes courts, à la fois très politiques et très concrets, ouverts sur les citoyens et la société civile. Le Traité de l’Elysée n’a pas seulement fait évoluer les esprits, il a aussi servi de cadre pour quantité de réalisations concrètes. Il reste totalement pertinent. Mais nous avons ressenti le besoin d’aller au-delà pour tenir compte du monde d’aujourd’hui et d’enjeux qui n’étaient pas à l’ordre du jour en 1963, comme la défense du multilatéralisme, la paix, la sécurité et le développement, ou encore les questions environnementales et climatiques. Le Traité d’Aix-la-Chapelle ouvre donc de nouvelles voies à notre coopération, en plus des anciennes qui seront poursuivies. Par exemple, il comprend une clause de défense mutuelle franco-allemande en cas d’agression armée contre nos territoires. Nous allons également créer une plateforme numérique franco-allemande de contenus audiovisuels et d’information. Nous disposerons par ailleurs de nouveaux instruments pour dynamiser notre coopération transfrontalière, au plus près des demandes des acteurs locaux qui vivent le fait frontalier au quotidien.

2. Pourquoi choisir précisément maintenant pour le signer ?

RK : La signature intervient à l’occasion du 56e anniversaire de la signature du traité de l’Elysée, le 22 janvier 1963. Pour la coopération franco-allemande, le 22 janvier est une date d’importance historique.

PM : C’est le Président Macron qui avait proposé cette date, dans son discours pour une Europe souveraine, unie, démocratique, prononcé à la Sorbonne le 26 septembre 2017. Le symbole est clair : le 22 janvier reste la date fondatrice de notre réconciliation.

3. Ce traité est-il une tentative pour effacer les divergences de vues entre Paris et Berlin sur les réformes de l’UE, notamment en ce qui concerne la zone euro, le budget, l’union bancaire... ?

PM : Le traité n’aborde pas directement les points que vous mentionnez. Mais indirectement, il peut contribuer à renforcer les convergences franco-allemandes en fixant des objectifs partagés et des méthodes de travail. Par exemple, il institue un Conseil franco-allemand d’experts économiques qui devrait nous permettre de rapprocher nos politiques et nos réformes économiques domestiques. Notre objectif commun, avec ce traité, est celui de la convergence : de nos modèles économiques et sociaux, de nos positions dans les enceintes internationales, de nos réglementations dans nos zones frontalières, de nos analyses économiques. Tout cela dans une perspective d’intégration européenne.

RK : Dans les relations entre Etats, les différences d’opinion, même sur des questions politiques centrales, font partie de la vie quotidienne. Le traité vise à relever en commun les défis du monde globalisé. Il ne s’agit pas d’exprimer un avis spécifique au partenaire respectif, mais de développer dans le dialogue des solutions communes tournées vers l’avenir. Des solutions tournées vers l’avenir pour le bien-être d’une Europe forte et unie.

4. Les critiques disent qu’il s’agit d’un traité visant à créer un nouveau noyau autour duquel se formerait l’UE « de première vitesse ».

PM : Ce n’est pas ce dont il s’agit. Aucun traité entre deux Etats membres, quels qu’ils soient, ne pourra jamais à lui seul réformer l’architecture institutionnelle de l’Union européenne ! L’amitié étroite entre la France et l’Allemagne a été déterminante et demeure un élément indispensable d’une Union européenne unie, efficace, souveraine et forte. Sur la construction européenne, nos pays se comportent souvent en pionniers, mais sans exclure personne. Le traité prévoit ainsi que nous intensifiions notre coopération en matière d’industrie de défense avec des programmes franco-allemands, qui pourront être élargis à d’autres partenaires européens.

RK : Cette crainte me paraît infondée. La coopération entre nos deux pays n’a jamais eu un caractère exclusif. Elle a été et est ouverte à tous les membres de l’UE. Elle ne peut que faire partie d’un processus de formation de la volonté politique à l’échelle de toute l’Europe. A l’avenir, l’Allemagne et la France veulent prendre part à ce processus encore plus fortement que par le passé avec des positions présentées conjointement. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a récemment souligné : « Avec le Traité d’Aix-la-Chapelle, nous voulons nous engager clairement en faveur d’une Europe forte, durable et souveraine. »

5. Existe-t-il l’idée que le traité devienne un modèle à suivre par certains autres Etats (par exemple, la Croatie et la Slovénie, le Portugal et l’Espagne) ?

RK : Le traité de l’Elysée de 1963 est une réussite. Il a rapproché l’Allemagne et la France et fait des deux pays un moteur au sein de l’UE. Dans cette mesure, le nouveau traité peut également servir de modèle pour d’autres partenaires de l’UE. De mon point de vue, le facteur décisif à cet égard est la poursuite de nos valeurs communes et de nos intérêts communs - en bref, une Europe forte et unie.

PM : Je crois que le bilan du rapprochement entre nos deux pays peut nous rendre fiers. Depuis 1963, nous avons parcouru beaucoup de chemin et nous continuons. Il est important d’en porter témoignage auprès de nos partenaires et amis. Après, chacun est libre d’en tirer les enseignements qu’il souhaite.

6. Quel est le bénéfice de la coopération franco-allemande, notamment pour la Croatie ?

RK : En Croatie, l’amitié franco-allemande se vit au quotidien à travers une réalisation concrète et innovante exceptionnelle : l’Eurocampus de Zagreb. Depuis 2005, sous le slogan « un toit, deux écoles », les élèves, majoritairement des Croates mais aussi des Allemands, des Français ou d’autres, y bénéficient de l’excellence de la formation éducative de la France et de l’Allemagne.

PM : Dans un esprit d’apprentissage de valeurs communes et d’ouverture à la diversité, ils reçoivent une véritable éducation européenne, notamment en faisant l’apprentissage de quatre langues : allemand, anglais, croate et français. Les cours de langue étrangère et d’éducation physique sont communs. Des cinq établissements d’enseignement de ce genre existant dans le monde, l’Eurocampus de Zagreb est aujourd’hui celui où les synergies éducatives franco-allemandes sont les plus fortes. La visite la semaine dernière à Zagreb des deux autorités de tutelle de l’Eurocampus, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et la Zentralstelle für das Auslandsschulwesen (ZfA), a permis d’évoquer avec les responsables du ministère croate de l’éducation et de la science les modalités d’accompagnement de l’Eurocampus et le renforcement de son insertion dans le paysage éducatif croate./.

Voir l’article sur le site de l’Ambassade d’Allemagne en Croatie

Dernière modification : 07/03/2019

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