Union européenne : entretien d’Harlem Désir à "Vecernji list" (24 mars 2017) [hr]


Une vague de populisme et d’extrémisme se développe à travers l’Europe et dans le monde. Après les élections aux Pays-Bas, tout le monde a les yeux tournés vers les élections en France (et en Allemagne). Comment expliquez-vous la popularité de Marine Le Pen ?

Nous assistons à une montée des populismes et des discours de repli nationaliste partout en Europe mais aussi sur d’autres continents. En France également ce courant existe et il faut les combattre. Ces mouvements prospèrent sur les peurs – de la mondialisation, du déclassement, de l’étranger –, mais aussi sur les mensonges, la démagogie de leurs leaders et les fausses solutions simplistes à des problèmes complexes. Ils se développent aussi en raison des fractures sociales au sein de nos sociétés. Il faut donc à la fois combattre leur idéologie haineuse et les fausses réponses qu’ils proposent, car aucun des grands défis auxquels nous sommes confrontés, le terrorisme, l’immigration, la mondialisation économique ne peuvent trouver de réponses purement nationales. Mais il faut aussi plus de justice sociale et d’inclusion dans nos politiques nationales et européennes pour assécher le terreau sur lequel le populisme se développe.

Je suis convaincu que cette montée du populisme peut être freinée et enrayée comme l’ont fait les Néerlandais par leur vote il y a quelques jours. Et la France devra s’y opposer avec force elle aussi. C’est conforme à son histoire, à ses valeurs universelles, à son rôle en Europe et dans le monde. Ma contribution à cette bataille, c’est aussi de défendre une Europe qui réponde mieux aux préoccupations des citoyens. Dans un monde incertain, l’Europe doit être une protection pour notre sécurité, pour notre économie et pour notre modèle social. C’est ce que la France défend au niveau européen et c’est ce que nous affirmerons avec les leaders européens le 25 mars à Rome pour le 60ème anniversaire du Traité.

JPEG

Comment voyez-vous l’avenir de l’UE ? On parle à nouveau de l’idée d’une UE à plusieurs vitesses : quelle y est la place de la Croatie ? Certains pays risquent-ils de rester isolés à la périphérie ?

Nous devons chercher à avancer à 27 à chaque fois que le pouvons dans les domaines prioritaires pour l’économie, l’investissement, l’emploi, mais aussi la sécurité, la défense européenne. Mais si certains Etats membres ne souhaitent pas participer à ces avancées, ils ne peuvent pas bloquer l’Europe. Les traités nous donnent alors la possibilité de le faire avec les pays les plus volontaires. Il ne s’agit pas d’exclure mais de favoriser l’émergence de projets nouveaux quand nous jugeons que c’est indispensable. C’est ce que le Président de la République a appelé les « coopérations différenciées ». Si l’on regarde bien, c’est cette idée qui a déjà permis dans le passé le lancement de l’euro ou de Schengen. Ce sont des processus qui doivent rester ouverts, et auxquels tous les Etats membres qui le veulent doivent pouvoir participer ou qu’ils doivent pouvoir rejoindre. Je sais que cette idée peut susciter des craintes, c’est pourquoi je veux insister sur le fait que ces coopérations devront être inclusives et dynamiques et ne laisser personne à la périphérie sauf ceux qui ne veulent pas participer.

Que peut offrir l’UE à ses Etats membres ? et aux pays candidats ?

L’Europe peut apporter beaucoup aux Etats membres et aux citoyens européens dans un monde incertain. Mais chaque Etat membre peut aussi apporter à la cohésion, à la solidarité, à la créativité européenne. Nous serons incontestablement plus forts ensemble dans les domaines économiques-clés pour l’avenir, le marché unique du numérique, l’énergie, la recherche, l’innovation. Le Plan Juncker de soutien aux investissements est à cet égard très important. Il complète les Fonds structurels. L’Europe doit aussi, à l’avenir, nous apporter davantage de coordination en matière de sécurité, en renforçant le contrôle de nos frontières extérieures communes, la coopération de nos services de police et de renseignement, dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi l’Europe de la Défense. Mais nous devons également coopérer dans d’autres domaines dont dépend notre futur comme la lutte contre le changement climatique. Enfin, n’oublions jamais que l’Europe est une protection pour la paix, la démocratie et les droits de l’Homme sur notre continent et pour nous permettre de peser dans la mondialisation.

Comment parler d’avenir commun lorsque nous constatons l’impossibilité de s’accorder, comme on l’a vu avec la crise migratoire ? Qu’en est-il du principe de solidarité, sur lequel l’UE est fondé, quand certains pays refusent d’accueillir des migrants et construisent des clôtures ?

Vous avez raison, la question de la solidarité est essentielle pour l’Europe et elle a été mise à l’épreuve. Il ne peut y avoir une Europe à la carte. De ce point de vue, la crise des réfugiés a vu naitre une difficulté, la solidarité de tous n’a pas été suffisamment au rendez-vous, or tout le monde a besoin de la solidarité des autres Etats membres à un moment ou un autre. Je souhaite que le 60ème anniversaire du Traité de Rome soit l’occasion d’un rappel de nos valeurs communes, de notre communauté de destin et de notre unité. Nous répondrons efficacement à la crise des migrations si tous les Etats membres assument leur part de toutes les actions, le contrôle des frontières, le renforcement de l’agence de gardes-frontières, l’aide aux d’origine et de transit, l’accueil des réfugiés et les relocalisations.

Mercredi, un attentat s’est produit à Londres. La France a subi plusieurs terribles attaques terroristes.

Le terrorisme a durement frappé la France. Comme d’autres pays en Europe et ailleurs dans le monde. Le soutien de nos partenaires européens dans cette épreuve a été très important. Le Président de la République a mobilisé les Français autour de nos valeurs de fraternité, de refus de la haine. Mais aussi pour renforcer la sécurité et la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. Les terroristes veulent nous intimider et nous diviser, il faut faire exactement le contraire. Bien sûr nous consacrons beaucoup plus de moyens à la sécurité, la police, le renseignement, la défense. Nous avons adopté des nouvelles lois de lutte contre le terrorisme, mais nous le faisons dans le respect de l’Etat de droit et des conventions internationales, c’est essentiel. Les Français ont montré une extraordinaire résilience. Ils ont refusé de céder à la peur. Continuer à aller aux spectacles, à sortir, à faire son travail, même s’il y a plus de précaution à prendre dans les lieux publics, rester un peuple libre, c’est aussi répondre au terrorisme et le combattre.

Version en croate : www.vecernji.hr/svijet/eu-nije-a-la...

Dernière modification : 12/04/2017

Haut de page